VACO, de son vrai nom Jacques BAISSAC, est un peintre Mauricien né en 1940 à l’Ile Maurice. Il passe son enfance sur sa terre natale, où son père architecte lui donna très jeune le goût du trait, du crayon, puis des pinceaux. Son père avait une âme d’artiste puisqu’il encouragea VACO à décorer ses plans architecturaux par des personnages, le poussant à exprimer sa passion. Il réalise sa première exposition à 18 ans, en 1958, à l’Ile Maurice, fort de l’influence qu’exerça sur lui Malcolm de CHAZAL, le pionnier de la peinture mauricienne moderne.

Deux ans plus tard, il exposera ses premiers tableaux sur l’île voisine de la Réunion. Ensuite, en 1964, sa famille part vivre à Durban, en Afrique du Sud. VACO y restera 26 ans, jusqu’en 1990. Même s’il continuera à s’adonner à sa passion pour la peinture, son séjour en Afrique (avec des passages au Botswana, Malawi, ainsi qu’en Zambie et au Zimbabwe) sera entrecoupé d’expériences en Europe, notamment en France et en Belgique (de 1964 à 1970), où il exercera divers métiers, tout en continuant à approfondir son art. Durant sept ans, il sera accueilli dans une famille bruxelloise, et étudiera à l’Académie Royale de Bruxelles, puis à Paris aux Beaux-Arts pendant la période des évènements de Mai 1968.

Au-delà de la peinture, son séjour en France lui permettra de se passionner pour les poètes et écrivains français, notamment Alphonse DAUDET qui lui donne le goût de la Provence, via «Les lettres de mon moulin». Sur ces terres le long de la méditerranée, il découvre la beauté et la lumière du Sud, qui pousseront Cézanne et Van Gogh à peindre les paysages provençaux. Fort de ces acquis théoriques emmagasinés aux Beaux-Arts en Belgique et en France, et imprégné des couleurs des génies impressionnistes, parmi lesquels Cézanne, Van Gogh et Gauguin qui sont considérés comme les maîtres et précurseurs de l’art moderne, VACO rentre en Afrique du Sud en 1970. Désormais âgé de 30 ans, il entame une nouvelle phase de sa carrière, celle de la maturité.

VACO Painting

Peinture naturaliste et Créole

Mis sur la voie durant les années 1950 par les tableaux de De Chazal à Maurice, puis nourri par les tableaux de Gauguin inspirés par Tahiti, VACO trouve son style. Ce sera la peinture des îles, celle de son île, celle de l’Ile Maurice: colorée, lumineuse, pure et fraîche, mélange de jardin d’Eden chazalien (Petrusmok 1) et des divers couleurs de la palette Créole. Ce style naturaliste, qui n’est pas sans rappeler l’œuvre des peintres haïtiens ou antillais, dans la lignée du Douanier Rousseau, sera néanmoins original et novateur à Maurice.

Car l’inspiration pour la peinture de VACO est à trouver dans la langue locale: le Créole Mauricien. Celui de son enfance, qui forgea son imaginaire. Son grand-oncle Charles BAISSAC écrivit à Nancy en 1880 un livre de référence sur «Le Patois Créole» de l’ancienne Ile de France. Ce grand-oncle fut également le vulgarisateur des sirandanes, ces devinettes créoles, avec des traits d’humour ou de sagesse populaire. Ce patois local fortement inspiré par le français, mais simplifié, efficace, direct, parfois sur la base de malentendus, fut également enrichi des nombreuses autres langues parlées à Maurice: l’anglais, l’hindi, l’arabe. C’est donc une langue éponge, vivante, forgée par le peuplement de l’île et au service de son histoire commerciale, donc maritime. C’est une langue rapide, constituée d’expressions «toute faites» qui synthétisent des idées fortes. C’est donc selon VACO une langue picturale, très expressive, dans le sens de l’expression anglaise: «une image en dit plus long que mille mots». C’est donc une langue qui peint le réel, qui possède également sa tournure d’esprit poétique, ou métaphorique. Comme plusieurs à plat de couleurs forment une synthèse harmonieuse.

La peinture de VACO s’inscrit donc dans cet héritage culturel. A Maurice, elle naît selon lui le jour où Malcolm de Chazal a pris un pinceau dans sa main droite, après avoir presque tout écrit et donc posé son porte-plume. Bien sûr avant il y avait des peintres à Maurice, qui faisaient des natures mortes, ou présentaient des paysages de l’île. On peignait le lagon, le Coin de Mire ou le Morne, les palmiers, mais tout cela était fait comme on peint la Seine ou le Sacré Cœur à Paris. On peignait Français ou Européen, sur une île qui n’a pas quatre saisons, mais un soleil ardent, des lumières vives toute l’année. Malcolm de Chazal fut le premier à peindre «à la Mauricienne». VACO se plaça dans cet illustre sillage pour faire éclater le rouge, bleu, jaune, vert(2) dans un regard endémique sur son île. La langue Créole n’est pas théorique ou analytique comme les langues européennes, mais pratique ou figurative. Son âme est picturale, pas cérébrale!

Les tableaux de VACO ne décrivent donc pas des paysages, mais des scènes de la vie naturelle de l’Ile Maurice, des gros plans juxtaposés, par un style proche du cubisme, sur le principe du Kaleidoscope, qui zoome sur des personnages, des animaux ou un soleil, tout en donnant à voir une unité complète. Ce style néo-naïf peut faire penser à la technique du vitrail dans les églises en Europe. A cela de près que le style est parfois éclaté, multidimensionnel, différents plans étant juxtaposés, pour créer un tout explosant de couleurs et de lumière. La joie qui se dégage des tableaux de VACO n’est pas sans rappeler la pureté enfantine, où l’innocence déborde de l’énergie entièrement focalisée sur son objet de plaisir. La peinture comme un jeu, comme une évidence, sans arrière-pensée. Enfin, l’omniprésence des femmes, à la fois comme lien évident dans cette perspective mère-enfant, mais également comme symbole d’une thématique entièrement tournée vers la terre mère, vers Gaïa: «Motherland, oh motherland of mine» (3). Ces femmes sont parfois présentées avec un visage sans traits, parce que VACO souhaite illustrer qu’à Maurice les visages sont si différents les uns des autres, que l’on peut en une matinée rencontrer le monde entier à travers différents regards, différents sourires. Par conséquent, il choisit parfois de présenter des visages sans expression, sans yeux, ni nez, ni bouche, afin que l’acheteur de son œuvre puisse emporter chez lui le souvenir qu’il souhaite voir dans ce visage neutre. Le visage d’un adulte vu comme un enfant, qui comme nous le savons, ne vois pas les différences raciales, donc indifférencié!

La langue des pinceaux partagée

Depuis 25 ans, VACO partage sa peinture et propose ses tableaux aux nombreux visiteurs de sa galerie et de son atelier à Peyrebère, au nord de l’Ile Maurice. Il l’exporte également en enchaînant les expositions prestigieuses, comme au Grand Palais à Paris en 1993. Il sera honoré d’une invitation du gouvernement Belge, pour exposer son art à Bruxelles en 2001, lors de la présidence de l’Union Européenne assurée par le Royaume. Suivront des expositions en Suisse, puis en Italie, à Milan, en 2003. En 2004 il se rendra en Australie et en Nouvelle Zélande, pour en ramener des œuvres aborigènes exposées à Maurice sur le thème du «Voyage dans les mers du Sud». Il exposera enfin en 2008 à Hong Kong. La prochaine exposition devrait avoir lieu à Londres en Mars 2018, dans le cadre des festivités du 50ème anniversaire de l’indépendance de son île natale. Pour conclure ce portrait et résumer ce fabuleux destin artistique, laissons VACO ouvrir son cœur: «J’ai eu dans la vie la chance inouïe de m’être rencontré. 99% des gens ne se rencontrent pas. Comprendre l’observateur et le lieu l’observation, voilà mon secret».

 

VACO – a truly Mauritian painter!

Jacques BAISSAC, known as VACO, is a Mauritian painter born in 1940 in Mauritius. He spent his childhood on his native island, where his father was an architect, and who shared with him the passion for crayons, pencils and paint brushes. His father had an artistic mind and would encourage VACO to decorate his architectural plans with specific characters, the future home owners, thus fueling his passion. Baissac first presented his early work, aged 18, in 1958, in Mauritius. These paintings were inspired by his relationship with Malcolm de CHAZAL, the pioneering genius of modern Mauritian painting.

Two years later, he exhibited his art on the neighbouring island of La Réunion. Then, in 1964, his family emigrated to Durban, South Africa. VACO would stay there for 26 years, until 1990. Even though he continued to paint throughout this period, his stay in Africa (with visits to Botswana, Malawi, as well as times in Zambia and Zimbabwe) was interrupted by travels to Europe, especially to France and Belgium (from 1964 to 1970). While doing several odd jobs, he continued improving his art. During these seven years, he lived with a Belgian family, while studying at the Brussels Royal Academy, then in Paris he would join the “Beaux-Arts” during the upheavals of the student strikes in May 1968.

Beyond the passion for painting, his time in France would ignite another passion for French poets and writers, especially Alphonse DAUDET who made him discover Provence, through «Les lettres de mon moulin». On the Mediterranean coast, he fell in love with the beauty and light of the South of France, which previously had inspired Cezanne and Van Gogh to paint the landscapes of Provence. Strong in the belief of his improved skills after years at the Art Schools in Belgium and France, and still inspired by the colors of the impressionists, he was ready for the next stage. Like Cézanne, Van Gogh and Gauguin, who are considered as both masters of impressionism and fore-runners of modern art, VACO returned to South Africa in 1970, knowing that he will paint under a bright sun. Now aged 30, he was ready to open a new chapter in his career, that of maturity.

Naturalist & Creole painting

VACO started painting in the 1950s while watching the De Chazal gouaches (a method of painting using opaque pigments ground in water and thickened with a glue-like substance) in Mauritius, and received a confirmation with Gauguin’s work inspired by Tahiti. VACO’s style would be Creole. Insular painting, island painting, painting quintessentially from the island of Mauritius: colorful, bright, pure et fresh, a mix between the Chazalian garden of Eden (Petrusmok 1) and the various colours of the Creole palette. This naturalist style, which is quite similar to the Haitian or West Indies pictorial art, all the way from “Le Douanier Rousseau”, but yet remains original and avant-garde in Mauritius.

Indeed, the real source of inspiration in VACO’s painting is to be found in the local language: Mauritian Kreol. The tongue of his childhood years, which left a strong mark on his imagination… His great uncle Charles BAISSAC wrote the most important book on «Le patois Créole» in 1880 in Nancy (France), explaining to a French speaking readership the beauty and originality of the language of the former “Isle de France”. This book remains a work of reference in Mauritius, and has just been re-published. His great uncle was also the man who brought to a wider audience the “sirandanes”, the creole riddles, full of humour and folk wisdom. This local dialect, mainly derived from the French language, yet simplified, efficient, direct, and even based on misunderstandings, was also complemented by other tongues spoken in Mauritius: English, Hindi, Arab. It is a sponge language, a living language, crafted by the various people of the island and derived from its economic historical background, which was primarily a naval one. It is a fast language, built around «ready made» expressions which summarize key meanings. According to VACO it is a pictorial language, a very expressive one, as per the saying: “an image paints a thousand words”. It is a language that depicts reality, with a very poetic inclination, full of allegories and metaphors. Like several layers of paint colours can form a harmonious blend.

Backdrop of cultural tradition

VACO’s painting is to be understood in this cultural tradition. In Mauritius, it started making sense when Malcolm de Chazal first took a paint brush in his right hand, after having written pretty much everything worth saying on Mauritius and putting his ink pen to rest. Obviously there were other painters before in the history of the island. Some did still lifes, others made landscapes. Everyone painted the coral reefs, the Coin de Mire islet or Le Morne mountain and palm trees, but always presented technically, as one would paint the Seine river or the Sacré Cœur basilica in Paris. Everyone painted Mauritius in a French or European style, on an island that does not have four seasons, but a burning sun, and strong lights all year ‘round. Malcolm de Chazal was the first artist to paint in a «Mauritian way». VACO followed in these illustrious footsteps to finally let the red, blue, yellow, green (2) shine through with a new endemic vision of the island. The Creole language is not theoretical or analytical like most European languages, but practical or figurative. Its soul is pictural, not cerebral!

The paintings of VACO don’t reproduce landscapes, but are snapshots of simple life in Mauritius, highlights of natural scenes, in a style close to cubism, based on the principle of the Kaleidoscope. Certain characters, animals or a sun are in focus, while presenting an overall unity. This neo-naive style can be likened to the stained-glass art craft from the churches in Europe. The only difference is that elements in the whole painting are sometimes shattered, multidimensional, different layers being superimposed, to create a symphony of colors and light. The joy that shines through the work of VACO is similar to the purity of the youthful spirit, where energy overflows and yet is always centered on its quest for pleasure. Painting, like child’s play, honest with no second thoughts…

The role of the Female

Finally, one finds in VACO’s painting the constant presence of women. This feminine touch can be explained logically with the mother and child bond, but also through the ever present mother nature, Gaia atmosphere: «Motherland, oh motherland of mine» (3). These women are often presented without any clear traits, because VACO wishes to highlight the fact that in Mauritius the faces are so different, that one can meet the whole world in one morning through different stares, different smiles. Therefore, he sometimes paints virgin faces, with no eyes, no nose, no mouth, so that the owner of his painting can apply any memory of Mauritian features he or she wishes, on this neutral face. A child’stare on an adult face, as we know, does not see racial differences!

Sharing the language of brushes

In the past 25 years, VACO has presented his paintings to many visitors, locals and tourists alike, in his gallery and workshop at Peyrebere, in the north of Mauritius. He also exposed his art internationally during prestigious exhibitions, like at the Grand Palais in Paris in 1993.

He was also invited by the Belgium government, to exhibit in Brussels in 2001, during its Presidency of the European Union. Then other events were organized in Switzerland, in Italy (Milan), in 2003. In 2004 VACO went to Australia and New Zealand, to bring back a new collection of works inspired by aboriginal art. They were presented in Mauritius under the title «Journey to the Southern seas». last but not least, VACO exhibited in 2008 in Hong Kong. The next art exhibition should be in London in March 2018, as part of the 50th anniversary of independence of his native island. To wrap up this portrait and conclude this unique artistic journey, let’s hear VACO speak his heart: «I was extremely lucky to have encountered myself. 99% of people never encounter themselves. Understanding the onlooker and the place of observation, that is my secret».