Depuis plus de 30 ans, le travail passioné du realisatuer martiniquais montre au monde la richesse de la culture créole. Son dernier film n’en est pas seulement un example, mais aussi un hommage aux Femmes Créoles…

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Plus de 25 ans se sont écoulés depuis ce jour-là quand à Paris il recevait son premier prix international. Pourtant Patrick Baucelin se rappelle bien quand il a été récompensé avec le Caducée d’Or pour son premier film. Cette récompense, il nous confie, “est la plus importante de ma vie” parce que, “mon film a remporté le prix devant respectivement un film américain et un film italien. Alors que j’avais très peu de moyens financiers et de technique face à des grosses boites de production”. Patrick est orgueilleux avec raison d’une reconnaissance reçue pour un travail artistique né de l’amour pour son propre pays. De l’envie de mettre en valeur le patrimoine créole et de la détermination de faire son travail de réalisateur, sans moyens et récompensé devant d’autres ayant des moyens. Depuis lors Patrick a travaillé sans s’arrêter, toujours sans beaucoup de moyens, mais toujours avec beaucoup de passion. Et il a régulièrement remporté des succès comme les récompenses prestigieuses obtenues soit en Europe qu’aux États-Unis pour tous les films-documentaire qu’il a réalisé, comme par exemple “Les églises de Martinique, leur histoire au fil du temps” en 2007 et “Les Secrets des Forteresses de la Caraïbe” en 2012, pour lequel il a reçu plus d’une dizaine de prix. Alors, Patrick a continué à travailler, un an plus tard on le récompense pour son dernier travail, un respectueux et vibrant hommage à la femme créole.

Après plus de deux ans de minutieuse recherche et collection de documents, photographies anciennes, archives de film, Patrick en 2013 réalise le premier film-documentaire sur l’histoire et l’évolution du costume traditionnel créole. Et il gagne encore. Avec “Le costume traditionnel, de l’esclavage à la Gran’Robe” il reçoit plusieurs récompenses parmi lesquelles on trouve un Gold Award au Festival International du Film Independent de Houston, le prix finaliste aux Festivals de New York, un Bronze Award au 34th Festival des Best Films et Video Productions à Ashland, et un Platinum Award au Festival des Audiovisuel du Texas. Et voilà Patrick atteint son objectif, celui de “faire connaitre aux américains et aux festivaliers du Monde la beauté du costume traditionnel devant la presse internationale” nous confesse Patrick. Toutefois, ce film ne raconte pas seulement de beauté, il nous révèle aussi le parcours que les africains esclaves, arrivés nus au caraïbe, ont fait pour sortir de leur condition et construire leur propre identité. Parcours dont les femmes ont été les vrais protagonistes. Pour s’émanciper d’un passé douloureux elles ont exprimé leur envie de renaissance et de réussite à travers la création des vêtements. Avec fierté, savoir-vivre et respect en soi, dans le temps elles ont su se valoriser en créant des vêtements somptueux, créatifs et pleins de couleurs, traits distinctifs de leur riche identité créole. Richesse que Patrick nous montre dans toute sa beauté.

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Aimant les belles choses la femme antillaise, nous dit Patrick “aime porter de belles robes, des bijoux, des chapeaux avec toujours beaucoup d’élégance et elle aime surtout les couleurs”. C’est avec respect et amour pour elle que dans son film Patrick nous montre la grâce et l’harmonie avec lesquelles la femme a su se mettre en valeur en mélangeant tous les éléments exprimant le métissage socio-culturelle qui a eu lieu dans la Caraïbe au fil des siècles. Et voilà, c’est ainsi que la blanche broderie et les beaux rubans originaires de l’Europe se combinent avec les couleurs vivantes du tissu Madras d’origine Indienne et se complètent avec la coiffe originaire de l’Afrique crée aux Antilles avec le tissu Madras. Chargée de plusieurs sens, celle-là, reflète la situation sociale et les circonstances de la vie de la femme qui la porte. Les bijoux aussi sont indispensables au costume créole et eux aussi représentent la réussite sociale de la femme qui depuis l’esclavage a su s’élever dans un système social qui ne la favorisait pas.

Une amie de Patrick lui a dit qu’il a fallu du courage pour se retrouver face à un passé souvent douloureux en se rappelant la condition des ancêtres et leur dur parcours pour renaitre. C’est sans doute l’amour pour le caraïbe et son riche patrimoine culturel qui confère à Patrick Baucelin le don de créer les images de la transformation de la douleur et de la souffrance en créativité foisonnante et en beauté fascinante, pour enfin avec générosité offrir à tout le monde.

Au lendemain d’avoir présenté sa dernière production, Patrick affirme qu’il a déjà “la tête pleine d’idées de beaux documentaires et qu’il est impatient comme un enfant des projets à venir”. Lui, il ne s’arrête jamais, malgré les plusieurs nécessités du cinéma antillais. Il nous confie que “pour promouvoir le cinéma d’Outre-Mer on aurait besoin de plus de financement et de diffusion locale”, mais surtout pour pouvoir émerger, il conclut, “les enfants du pays ont besoin de reconnaissance à l’étranger pour être reconnu au niveau local”. Autrement dit, c’est surtout en reconnaissant sa propre richesse intérieure qu’on pourra exprimer sa créativité et montrer son patrimoine culturel dans le monde. Telle est la leçon qui a été transmise par les ancêtres antillais jusqu’à aujourd’hui. Les vêtements des femmes antillaises en sont un exemple et le travail passionné de Patrick Baucelin en est le témoignage.

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