Photo: Clive Chilvers/shutterstock

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Savez-vous que le Carnaval de Notting Hill de Londres est le plus grand festival de rue d’Europe? Sans doute avez-vous vu ou lu à propos du film Notting Hill Gate, avec le très britannique Hugh Grant et la belle américaine Julia Roberts. Mais le carnaval a longtemps précédé le film. Créé en 1964, le carnaval de Londres reproduisait celui de Trinidad. Là-bas, il était question de se réjouir de la fin de l’esclavage. Ici, c’est l’occasion d’une étonnante explosion de couleurs, de nudité et de formes féeriques. Cette manifestation se tient chaque année, lors du dernier long weekend du mois d’Aout. Lundi étant congé, la fête monte en crescendo à partir du samedi pour atteindre sa plénitude le troisième jour. En 1964, c’était encore la grisaille Londonienne que le carnaval dissipait pour envahir les rues avec de la musique, de la danse, et des costumes extravagants. Comme l’on sait, une importante vague d’immigration avait transporté un fort contingent des gens des Caraïbes vers la Grande Bretagne. La majorité provenait de la Jamaïque. Une bonne partie de cette masse d’immigrés s’était installée dans la ville éclatée de Londres – Greater London. Chaque année, les antillais du reste de l’Angleterre préparent pendant de longs mois leurs mascarades évocatrices avant de rejoindre ceux des faubourgs de la capitale pour un défoulement annuel. Notting Hill n’est pas loin du cœur de Londres, de l’autre coté du bel espace vert de Hyde Park. C’est un quartier chic et cher où les maisons de 4 à 5 étages comptent entre 6 et 16 chambres. En 2012, il faut compter la moyenne de 6 millions de livres sterling pour acquérir une ‘petite’ maison de 6 chambres à coucher. C’est dans un tel quartier que le carnaval se métamorphose chaque année. Une flopée de papillons humains aux coloris les plus vifs semble éclore sous le soleil timide. La vraie aubaine survient lorsque le soleil se met de la partie. Alors la joie des participants se décuple et il arrive qu’un million de spectateurs se déplacent pour une mêlée dans les rues reconquises par le petit peuple. Un tintamarre combinant sifflets stridents dominant les décibels provenant d’énormes hauts parleurs posés sur les camions des sponsors commerciaux. Je préfère encore les sons inimitables des ‘steel bands’, authentiques instruments faits-main provenant des rues des Iles Ste Lucie ou de la Barbade. Londres la rationnelle se lave les oreilles avec une cacophonie des musiques amplifiées déversant du reggae, du zouk, de la salsa dans un flot humain de danseurs se côtoyant joyeusement. Les spectateurs se lavent les yeux sur les corps de femmes. Ces dernières années, il est à noter que la fête n’est plus tout a fait celle des noirs déracinés dans un pays de blancs. Une créolisation de la fête rapproche blancs et noirs, les gens des Caraïbes aux derniers émigrés de l’Europe de L’est. Il n’est pas rare d’entendre parler Allemand ou Français, des visiteurs ayant fait le déplacement pour l’occasion. Mais la place réclamée à cette célébration revient de droit aux enfants des nombreux mariages mixtes de Londres la Métisse. Il n’est pas rare que l’un de ces enfants créoles de Londres soit du quartier même de Notting-Hill Gate. Alors, il lui suffit de descendre les escaliers et les imposantes marches pour se fondre dans la foule dense qui l’entraîne dans la danse…

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