L’histoire s’accélère. Après une année 2013 exceptionnelle (Cf notamment les succès de Christine Salem et de Zanmari Baré), la musique réunionnaise vient de connaître un événement qui augure d’une année 2014 au moins aussi riche que la précédente.

La raison de cet enthousiasme? Une petite révolution selon certains; un pas de géant pour d’autres. En tout cas un grand coup de pied dans les préjugés. Les neuf membres de Warfield et de Lindigo réunis sont parvenus à résoudre une équation qu’on pensait jusqu’alors impossible: fusionner le rock et le maloya, la musique traditionnelle de l’île. Nombreuses ont été les tentatives, plus ou moins heureuses, mais aucune n’était parvenue à un tel degré de perfection. Après des années de tergiversations, l’osmose tant attendue a enfin eu lieu. Elle porte un nom: métaloya. Warfield, groupe de heavy metal, et Lindigo, groupe de maloya, ont fait entrer en collision leur deux univers a priori radicalement opposés, entre d’un côté une musique électrique agressive et saturée, et de l’autre, une musique acoustique toute en percussion héritée de l’esclavage. Avec comme point commun: la puissance et l’énergie.

Sur cette bien nommée île de la Réunion, la combinaison des deux genres musicaux sonne comme une nouvelle ode au métissage, les deux formations étant parvenues à créer une oeuvre collective capable de ravir les mélomanes de toutes obédiences. L’acte de naissance du métaloya a été signé le 14 février dernier sur la scène du théâtre Luc Donat au Tampon. Blanc-Blanc, son directeur adjoint, est à l’origine du projet. C’est en rencontrant Olivier Araste, le charismatique leader de Lindigo, qu’il a eu l’idée de cette confrontation originale. “En lisant sa biographie, j’ai appris qu’il aimait le hard rock et qu’il avait même fait des reprises de Scorpions”, raconte le cerveau de l’opération. Alors quand Olivier Araste lui a confié qu’il aimerait bien avoir “des grosses guitares” dans sa musique, Blanc-Blanc, lui-même chanteur de hard rock au sein du groupe Nazca, a eu “un déclic”. Question grosses guitares, Warfield en connaît un rayon. Fer de lance d’une scène métal réunionnaise déjà vieille de trente ans, le groupe a été choisi pour son répertoire qui s’aventure avec bonheur sur le terrain d’une rythmique en 6×8, mais aussi pour sa démarche professionnelle. Warfield? “Une grosse machine bien huilée”, estime Blanc-Blanc qui suit leur parcours depuis plusieurs années. C’est ainsi qu’est née cette idée choc d’un maillage du maloya et du métal.

Une idée contre nature qui, si elle ne manquera pas de faire bondir les puristes à défaut de les faire danser, porte en elle les promesses d’un sous genre musical forcément appelé à grandir. Une première répétition a eu lieu au mois de juin, histoire de faire connaissance. Une rencontre informelle au cours de laquelle “il s’est tout de suite passé un truc”. “On s’est rencontré, on a parlé, pour voir qui pouvait suivre qui, comment on allait pouvoir s’emboîter pour créer un truc sympa”, indique Alexandre, guitariste de Warfield. Car Si Olivier Araste a, lui, une certaine culture hard rock, ce n’est pas le cas des musiciens qui l’accompagne, lesquels, il faut bien l’avouer, “ont eu un peu peur au début”. Mais les craintes ont été vite dépassées. “A deux groupes, on a réussi à créer un seul bonhomme, précise Alexandre. Il y a l’ossature et la chair. Il n’y en a pas un qui est devant l’autre”.

Quand, trois mois plus tard, les neuf musiciens aussi enthousiastes et costauds les uns que les autres, se sont retrouvés sur la scène du théâtre pour entamer leur premier semaine de résidence, l’alchimie n’a pas tardé. “On ne savait pas que ça allait aussi bien se passer”, confie Alexandre. “Ils ont tous travaillé en bonne intelligence”, explique encore Blanc-Blanc. Il y a eu beaucoup de réflexion de part et d’autre mais pas de tergiversation. Quand il a fallu trancher, ils ont tranché. Tranchant aussi les rif fs de guitar es de Warfield qui donnent une nouvelle ampleur à l’envoûtant maloya de Lindigo pour l’amener aux limites d’une fusion créole dont une grande partie des terres reste à défricher. Mais une fois l’euphorie passée, une fois l’équation résolue, une inconnue demeure : la capacité de La Réunion à surmonter ses blocages culturels, à accepter que le passé s’écrive au présent, en un mot, à reconnaître que la tradition évolue. C’est à voir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, comme l’explique Blanc-Blanc, “au-delà de l’effet de surprise intéressant que ce projet peut susciter sur l’île, il est surtout destiné à s’exporter”. Après une série de concerts chez eux, Warfield et Lindigo devraient donc bientôt aller porter la bonne parole du métaloya au-delà de leur île. Si jamais ils passent près de chez vous, ne les ratez pas. Que vous soyez fan de hard rock ou pas.

By Thomas Arcens

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